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11/03/2013

PROF DE GYM

article publié en octobre 2011 dans le n° 15 de Quel sport ? , magazine anti compétition , dirigé par Jean Marie Brohm, sociologue du sport. 

 

-Combien c’est ton record déjà, un mêtre 58 … ?

 Mon père alluma sa quatrième cigarette en quêtant d’un regard furtif ma réponse.

 -Non… un mètre cinquante six papa.

 Il rajouta un sucre dans son troisième café.  Il lui fallait des chiffres, des mesures, des choses solides sur lesquelles s’appuyer. Sa fille aînée était dans un centre pour handicapés mentaux, la plus jeune entrait au CM2… la cadette, moi en l’occurrence, venait d’avoir son bac D avec mention et un an d’avance.

 Mon avenir professionnel le préoccupait grandement, j’étais bonne en physique chimie, et en « fosbury flop », il était ingénieur  et je venais de recevoir la réponse du Creps de Nancy, Centre régional d’éducation physique et sportive, où je m’étais inscrite en même temps que dans diverses facultés (langue, psychologie…).

 Les études pour devenir professeur d’Education Physique étaient encore réputées difficiles. Elles se passaient en deux temps, une première année en internat avec un emploi du temps de folie, entre les cours d’anatomie physiologie (première année de médecine) d’histoire de l’éducation, de pédagogie, de psychologie de l’enfant et les heures de gymnastique, natation, danse, basket, volley, hand ball, course à pied,  saut en hauteur,  lancer de poids, de javelot….

 - … le statut de classe prépa mais alors ça veut dire que tu peux encore changer d’orientation après cette année ?  demanda mon père

 -euh oui…mais je sais pas trop pour aller où, en médecine je crois, j’ai pas trop envie, ou en kiné…

 A l’issue de cette première année, appelée P1,  il y avait surtout, outre l’examen, un concours qui permettait d’être payée comme « élève professeur » pendant les trois année d’études suivantes (P2a, P2b,P2c) et ce dans  la ville de son choix. Moi c’est choisir la ville qui m’avait décidée car si je ne savais pas trop comment dessiner mon avenir en revanche je ne pouvais l’envisager ailleurs qu’à Paris …

 Mon père re déplia le papier à l’en tête du Creps de Nancy.

 -Classe préparatoire … murmura t’il encore, à mon avis ma fille tu vas en chier !

 Et ça devait le rassurer.

 Parce qu’on était sur Terre pour en chier. C’est sûr, c’était écrit partout. Mon père en chiait avec ma sœur malade, ma mère dépressive, et les syndicalistes ignares qui rendaient parfois très compliquée sa vie d’ingénieur chef à l’Electricité de France.

 Il alluma une cinquième cigarette,  saisit son stylo plume noir dans la poche de sa chemise et s’arrêta net :

 -tu es sûre de vouloir prendre option danse en plus?

- oui.

 Il signa les papiers.

 

Le Creps était situé  sur la colline surplombant Nancy, nous n’étions que des filles, les garçons s’entraînaient et vivaient ailleurs, pas très loin entendis-je se réjouir quelques futures copines . C’était au moins ça. De quoi nous faire tenir pendant la première semaine de cours qui avait dépassé de loin tout ce que les angoisses perpétuelles de mon père m’autorisaient à imaginer :

 - Vous êtes soixante, dans un mois dix pour cent auront abandonné, dans trois mois encore dix pour cent, et les deux tiers de celles qui resteront se feront étaler lamentablement à l’examen. Je ne vous parle pas du concours. Ce qui veut dire…. Mademoiselle au fond là, qu’est ce que vous écrivez ? quelque chose ne va pas ? je ne parle pas assez fort ? vous voulez partir tout de suite ?

 Je posais précipitamment mon stylo, croisais mes bras en souriant bêtement.

 -Ce qui veut dire que, toutes autant que vous êtes, là, reprit il satisfait de mon sourire niais, vous allez devoir vous plier et vous entraîner à vous taire et à faire et refaire, alors seulement vous incorporerez la discipline exigée pour faire partie des dix élèves autorisées à poursuivre.

 Seize élèves virgule treize très exactement (je venais de faire les calculs en l’écoutant pérorer) selon ses propres estimations devaient réussir l’examen… Il ne savait même pas compter, c’était le Directeur du Creps, notre  prof d’histoire de l’Education.

 En 1974 pourtant on était encore, pensai-je, dans l’ouverture d’esprit qu’avaient forgée les émeutes de 68, et ces appels à la discipline me paraissaient hors de propos.

 D’autant plus que corps et esprit quadrillés d’épuisement minute par minute, nous nous effondrions chaque soir sur nos lits dans le grand dortoir sans même avoir eu le temps d’éteindre ou simplement de nous saluer.

 Pour désobéir encore faut il en avoir le temps.. et l’espace !

 J’avais, jusque là, été assez satisfaite du corps qui incarnait ma présence au monde, c’est vrai je n’avais aucune raison de me plaindre : deux bras deux jambes pas de moignon, pas de bec de lièvre, 32 dents bien rangées et une vingtaine de doigts également répartis au bout de mes membres….

Mais pauvre de moi !  J’ignorais que nos corps surtout ceux, comme le mien,  qui n’avaient pas de pénis, étaient toujours considérés comme de purs produits de la nature, laquelle nature avait besoin d’être maîtrisée, domestiquée, dressée.  Par la force au besoin ! Non mais.

 Nous étions dressées, on peut appeler cela du dressage, par  répétition des mêmes gestes des mêmes routines à l’infini   « ….pointe de pieds tendues, mieux que ça, on recommence, allez,  encore, non c’est pas ça on refait ,   plus droit, le regard, le regard  à l’horizontale … ».

 J’arrivais malgré tout niaise que j’étais alors, à m’émerveiller par exemple que la direction du regard suffise en effet à améliorer l’exécution de mon saut périlleux …

 Et bien évidemment tout le monde sait qu’un bon saut périlleux  fait un bon prof….

 Avec cette  nature femelle à domestiquer, à baillonner, à maîtriser, à violenter (pas le choix… ma vieille c’est de ta faute, t’avais qu’à pas prendre la pomme hein ! )  l’allait me falloir bien plus d’un bon mois  pour retrouver mes facultés critiques réflexives et créatives.

 Le professeur d’athlétisme, championne de lancer de poids, gentille au demeurant nous avait susurré de mesurer nos tours de cuisse de bras de taille pour pouvoir constater l’évolution musculaire à la fin du trimestre : au moins vous verrez concrètement votre travail !

 J’étais terrorisée. L’image de Popeye grimaçant se surimposait  à celle de cette professeure peu féminine.

 Les cours de barres assymétriques étaient assurés par Jean Paul, un homme jeune aux pectoraux imposants, et aux deltoïdes si développés  qu’il ne passait pas de front par la petite porte du gymnase, celle que nous empruntions en sortant du cours d’anatomie, qui avait lieu à l’annexe. Et l’annexe se situait à un kilomètre deux cents en ligne droite de l’entrée principale du gymnase, un peu moins par la petite porte , l’issue de secours, interdite, mais si proche des vestiaires. Jean Paul tolérait que nous l’empruntions,  moi et le petit groupe de bavardes dans lequel je m’épanouissais. Il n’avait aucune autorité. Les copines le trouvaient joli, certaines le soupçonnait d’homosexualité, moi je le trouvais inoffensif .

 Au moins étions nous en sécurité entre ses deux mains larges quand il nous « assurait » (c’est-à-dire nous servait de filet..) dans l’exécution des figures les plus risquées aux barres assymétriques.

  Le premier trimestre allait bientôt se terminer, nous étions en train de nous échauffer dans le gymnase pour un examen important de gymnastique au sol. Echauffement dirigé (à la voix ) par le directeur, le même caporal chefaillon qui nous avait accueillies deux mois  plus tôt, avec ses réflexions cassantes et désobligeantes, il allait à présent juger de nos efforts au sol en l’absence d’Annie,  notre professeur attitrée, qui venait de se casser la jambe.

 -Et voilà toujours la même, vous vous croyez sur scène ? C’est pas en faisant semblant d’avoir mal que vous y arriverez. On ne pose pas les jambes !  Talon !!!! 

 C’est mon nom. Ca l’amusait beaucoup, j’étais une cible idéale, petite, menue, avec un nom débile mais si pratique ….

-Pardon mais je ne fais pas semblant, j’ai mal et si je continue,  je me déchire les muscles. Or j’en ai besoin de mes muscles pour faire mon enchaînement au sol.

  Un grand silence suivit ma réplique, inattendue.

Le directeur qui en était resté aux préceptes militaires en matière d’éducation corporelle m’avait mal jaugée. Il me croyait fragile et soumise. Donc faible.

J’avais juste un sens très prononcé de mon intégrité physique, sans doute  un seuil de tolérance à la douleur plus élevé que la normale, protection naturelle contre la bêtise.

Pour l’heure,  les copines me regardaient affolées, il était bien capable, ce viril abruti, de me virer avec  zéro pointé.  

 Talon, il semble que vous ayez du mal avec la discipline, nous réglerons cela dans mon bureau où vous êtes priée de vous présenter demain matin à  huit heures précises.

D'ici là, Talon, surveillez vos pointes....

 Le mépris qui suintait de son attitude  me resta en travers de la gorge, je dus courir m’enfermer dans les toilettes pour évacuer l’incident à gros sanglots.

 Quand je revins dans le gymnase, Antoine, l’Apollon  de la piscine rejoignait les autres professeurs, et j’oubliais immédiatement mon chagrin.

 Je réussis cet enchaînement de gymnastique au sol avec brio et avec les félicitations de Jean Paul. J’aurais préféré un sourire d’Antoine.

 Mais je me gardais bien de parler de mes préférences,  j’étais très timide sur le sujet car, en matière de sexualité je n’avais qu’une expérience réduite. Nous avions beau être en cours d’éducation physique, l’éducation n’allait pas jusqu’à l’apprentissage du sexe! La sexualité  est un lieu à part :  pas physique, donc, ni non plus spirituel, vue l’attitude de l’Eglise à son égard…Il est à part disai-je : une principauté …comme Monaco ? 

 Sans Antoine, je ne suis pas sûre que j’aurais survécu aux séances de piscine.  J’avais la natation en horreur, je savais nager mais sans plus, et surtout dans l’eau de mer… Les premières séances de piscine  ont été un calvaire. Je ne connaissais que la brasse et encore, bras et jambes écartés à l’horizontale, comme on apprend toujours à le faire aujourd’hui,  ce qui est très joli mais n’a aucune espèce d’efficacité surtout pour sauver les mannequins de la noyade.

 Alors on se moquait gentiment de moi, il était de notoriété publique par ailleurs que les options danse faisaient de très mauvaises nageuses. Chacun son truc après tout.

 Le brevet de sauvetage était néanmoins obligatoire. Sans lui, je ne pouvais même pas me présenter à l’examen de fin d’année.

 Je dus prendre mon mal en patience… Nous avions quatre séances de piscine par semaine.  deux à huit heures du matin. C’est-à-dire, l’hiver, dans la nuit, et par moins dix.  Nous arrivions méconnaissables au cours suivant, histoire de l’éducation, avec nos yeux de grenouille, des mains boursouflées d’humidité et ce parfum tenace « Flotte » de chez Chlore…

 Maintenant non seulement j’aime nager mais ça m’est indispensable…!  Et puis les boursouflures parfumées n’étaient qu’un moindre mal. Entorses, claquage, tendinites, ruptures de ligaments, allaient s’enchaîner  surtout chez les copines à un rythme endiablé pendant toute l’année, les vestiaires comme le dortoir empestaient l’Algipan et les  baumes en tous genre.

Je n’en fis pratiquement pas usage, ma peur de me faire mal m’aidait à arrêter avant la catastrophe, et je découvris à la fin de l’année, combien le manque d’esprit de compétition pouvait être bénéfique… économiquement parlant. A méditer.

 Les profs avaient cessé de me hurler dessus, mon petit gabarit me servait d’excuse.

 Alors d’accord, je n’étais la première nulle part , mais je n’étais pas non plus la dernière. Sauf dans une « matière », une seule,  où j’ai subi absolument toutes les mortifications possible… à tel point que j’allais  oublier d’en parler.

 Le hand ball et par extension tous les sports dits « collectifs » (…qui le sont bien moins que les autres dans la mesure où il n’existe qu’un ballon pour plusieurs  joueuses) .

  A Nancy, tout le département venait régulièrement rendre hommage aux « hand balleurs »  de l’ASPTT  qui faisaient des miracles au niveau national.  (C’était l’époque où les fonctionnaires des PTT pouvaient encore s’entraîner dans un club le soir et vous recevoir avec le sourire dans la  journée….).

 Le hand ball était de ce fait très populaire en Meurthe et Moselle, qui plus est  à Nancy, je ne vous parle pas de sa cote au Creps…

 Là, il faut se rappeler que j’étais  petite menue dynamique mais  pas agressive et  sans esprit de compétition, donc sur le terrain je donnais le ballon systématiquement à toute personne qui me le réclamait  un peu violemment.

 Au hand ball quand tu as le ballon près de la ligne de but il ne faut surtout pas le lâcher mais au contraire prendre ton élan pour sauter par dessus la ligne de défense. Sauter ça je savais faire (j’étais la meilleure en saut en hauteur …)  mais il suffisait que les gonzesses en défense devant le but me fassent les gros yeux et  terrorisée je lâchais ma balle à la première venue.

 On ne va tout de même pas se battre pour une balle, surtout de hand, il y a en a plein les coffres au fond du gymnase….

Dans les vestiaires les entraineurs se déchaînaient après chaque séance,   en me regardant dans les yeux, désespérés : «  vous n’arriverez à rien sans combativité, les adversaires, faut les tuer, les défoncer les laminer, mettez vous ça dans la tête avant d’entrer sur le terrain  et alors vous trouverez la motivation nécessaire pour garder le ballon ! C’est compris  Talon ! »

  Pour comprendre, je comprenais…Mais je ne pouvais pas changer fondamentalement les caractéristiques bizarres de mon incarnation….

 Au premier contrôle noté de sport collectif, j’eus la pire de toutes les notes jamais reçues au cours de ma scolarité…. Ca fait mal. Très mal.

 J’ai eu 5 sur 20.

 Je crois bien que ce fut une des premières grandes injustices ressenties  de ma vie, un 5 alors que je m’étais démenée comme un beau diable ….  j’étais rouge,  essouflée d’avoir distribué le ballon partout, slalomant entre les adversaires,  repérant les collègues bien placées avec l’aplomb nécessaire pour casser la gueule aux…, pardon je veux dire pour marquer des buts  à ma place.

 Bon, d’accord,  une ou deux fois j’ai du oublier dans quelle équipe j’étais … on tirait au sort pour jouer les unes contre les autres, mais l’affection que je portais à mes copines ne se distribuait pas selon des lignes sportives…

Ca n’était tout de même pas une raison pour m’humilier de la sorte.

  Pendant le premier trimestre de cours, je m’endormais tous les soirs en rêvant qu’Antoine venait me libérer du filet de hand ball où je m’empêtrais, puis il  m’insufflait l’amour de la natation par de savants bouche à bouche . Ce qu’il ne fit jamais.  Désirer le  prof  plutôt que l’activité …Nous arrivons au  nœud du problème !

 Nager peut procurer des sensations extraordinaires coïncidant avec un bien être réel autant que nécessaire… Dans l’eau  le corps n’est plus soumis aux mêmes forces :  sur Terre, la pesanteur oblige nos muscles à se contracter et à tirer sur les travées osseuses qui finissent par s’organiser selon ces lignes  de traction trop souvent unidirectionnelles. (Si en plus on tire un peu fort un peu souvent je ne vous raconte pas les dégâts…)

Dans l’eau nous est donnée une occasion de varier les tractions, donc une occasion de nous construire en plus large, plus solide, plus inventif, plus jouissif surtout .

 Voilà ce qu’emprisonne le noeud dont je viens de parler : la jouissance de la mise en jeu musculaire, articulaire …Le plaisir.

 Jouissance que j’avais eu le bonheur d’éprouver très jeune dans la danse. J’ai eu au début une professeure extraordinaire qui, pour nous motiver, savait compter plus sur le plaisir de la mise en jeu corporelle que sur l’obligation culturelle d’inscrire la douleur dans les chairs….

 Par la jouissance on arrive bien plus loin… plus profond,  mais ça met plus longtemps.Or, on n’a plus le temps aujourd’hui de mettre longtemps. J’ai commencé la danse à cinq ans, il a suffi de cette femme formidable qui savait s’appuyer sur les trouvailles créatives des enfants pour les faire avancer en douceur, avec le sourire… Elle-même habitait son corps d’une façon radieuse et simple…   Ce qui était loin d’être le cas de tous nos professeurs au CREPS. 

 Ce fut sans doute ma première grande désillusion, je ne saurais pas dire précisément à quoi je m’attendais en m’inscrivant au professorat d’éducation physique, je répondais surtout à un urgent besoin de me définir : qui suis-je ? qu’est-ce qu’un humain ?

 Je suis un corps parfois, d’autres fois j’ai un corps,  des impressions, sensations, expériences différentes selon mes rapports aux Autres et au Monde,  mais une certitude : un seul corps … Comment fonctionne t’il,  en quoi me définit il ?  

Il me semblait évident qu’étudier le corps m’ouvrirait l’horizon de moi-même… Reste qu’on ne peut diffuser que ce que l’on a soi-même intégré !

 Rien de radieux ni de simple chez  le directeur du CREPS de Nancy : il avait parfaitement intégré, lui, comme la majorité de mes contemporains,   le socle somatophobe sur lequel depuis Platon nous sommes bien obligés de nous construire, muscles d’un côté et pensées de l’autre. (histoire de ne point corrompre l’esprit puuuur au contact trivial de la merde et du sang….)

-Imagine qu’un jour on découvre que nos pensées viennent des muscles, chuchotai-je un beau matin à ma voisine de table pendant le  cours d’histoire de l’Education…

 Catherine haussa les épaules en levant les yeux au ciel … 

 - Ca s’arrange pas avec la piscine hein ! T’as les neurones encore plein de flotte répondit elle.

 -Talon !  qu’est ce que je viens de dire ? tonitrua soudain le professeur .

 Catherine venait de le copier consciencieusement, je n’eus qu’à jeter un coup d’œil de grenouille rapide sur son cahier :

 -vous parliez des rapports entre infra structure et super structure pour caractériser la pensée de Karl Marx …lui souriai-je niaisement.

 On ne pouvait décemment pas attendre de lui (du directeur, pas de Marx) qu’il organise l’enseignement du plaisir et de la jouissance dans un établissement où chaque centimètre carré était conçu pour diffuser l’idéologie dominante : rentabilité, compétition, efforts, records …. Donc douleurs …

 Bon bon d’accord. Il va falloir que je m’y mette. Je ferais semblant au moins…

 (Il n’existe vraiment aucun moyen d’étudier le corps sans le foutre en l’air ?)

Mon père, pourtant profondément socialiste,  avait plaisir à vérifier chaque week end que j’intégrai correctement cette idéologie dominante : alors tu as battu ton record en saut en hauteur ? et combien tu fais maintenant au 80 mêtres haies… ? Ta moyenne a grimpé ?

 Des chiffres, des mesures, du concret, de la production que diable …

 Je rentrais le vendredi soir épuisée, mais excitée par tant de nouvelles connaissances, je recopiais les cours de psycho, je coloriais les planches anatomiques, je relisais  Rousseau, Pestalozzi…Vu de ma place d’élève, le Monde me semblait merveilleux, j’avais hâte d’en finir avec Nancy pour découvrir la vraie vie à Paris. La vie dans la multiplicité la diversité…Je  savais que je trouverai là de quoi me définir.

 En février 75 j’eus 18 ans, en juin j’arrivais 8eme au concours académique qui n’accordait qu’une dizaine de bourses, mais nous étions 28 de ma promotion sur cinquante six à avoir réussi l’examen de passage. Cinquante pour cent. Nous étions très bonnes ou alors le directeur ne savait décidément pas compter !

En Août j’emménageais à Paris, près de la porte de Versailles, au terminus de la ligne 12, dans une « piaule » d’un institut quelconque où EDF logeait parfois quelques étudiants stagiaires. Mon père avait fait jouer ses relations .

J’étais à 500 mêtres de l’UEREPS, rue Lacretelle. 

 Dans le premier mois de cours, j’entendis parler d’un nouvel ouvrage qui venait de sortir, un titre terrifiant, qui circulait un peu sous le manteau : «  le sport la mort la violence » de Bernard Jeu. Je voulus me le procurer, curieuse, mais on me prévint gentiment qu’il y  avait beaucoup d’autres choses plus importantes  à me mettre dans le crâne que ce gloubiboulga philosophico psychanalytique,  pas de notre niveau qui plus est.

Allons bon, s’il  faut garder les yeux fermés sur la  réalité répondis-je haut et fort, on va pas faire de très bons profs…

 Ma voisine de table me rattrapa à la fin du cours pour me parler du petit groupe de contestataires  qui se réunissait au bistro du coin, un groupe de mecs…. Des mâles, chouette !

 -ils contestent quoi ?

 -ben la compétition, le sport de compétition quoi !

 -Génial.. tu m’emmènes ?

Je n’avais même pas imaginé qu’il pût exister une contestation établie argumentée donc capable de mettre des mots sur ce que je ressentais confusément et qui m’avait valu si souvent les sarcasmes des amis ou de la famille… Marie tu veux faire prof de gym mais t’as pas le gabarit  !

 Le week end, parfois  les copains venaient courir avec moi…et s’étonnaient que je ne sois pas là en train de me « défoncer sur le chrono… » !

Entre parenthèse, je n’avais plus du tout le même gabarit en sortant de P1 qu’en y entrant, j’avais pris trois bons kilos de muscles ce qui me donnait le poids idéal, 50 kilos pour un mètre soixante un ! Pas vraiment les mensurations d’un mannequin, mais je m’en consolais très rapidement.

  Je n’avais à l’époque aucune conscience politique, j’appréhendais le monde encore de manière toute personnelle teintée de naïveté  romantique, et je ne me sentais exister vraiment que dans et par le regard des hommes.

 Je tombais raide dingue de Bernard , le P2c meneur du groupe de contestataires cité plus haut qui m’impressionnait par sa belle voix.

En fait de  groupe, c’était une poignée d’allumés désireux de refaire le monde à coup d’idées… mais des idées décoiffantes qui m’ont tout de suite prise aux tripes, les idées de Jean Marie Brohm que Bernard suivait consciencieusement, des idées  violemment critiques vis à vis de l’institution sportive. Il considérait  celle ci comme appareil idéologique d’État, et à ce titre totalement intégrée au mode de production capitaliste.

Je ne tardais pas à rencontrer ce Jean Marie Brohm, qui de son côté allait constituer un groupe, un vrai, pour réfléchir aux frais mêmes d’une institution, l’Office Franco Allemand pour la Jeunesse, au rôle du sport dans les relations franco allemandes.

Ca n’allait pas être triste.  Les stages de réflexion étaient prévus à Nice,  en Allemagne  et même au Maroc, chez l’un des membres du groupe. Les freudo marxistes savent vivre !

  Pour le plus grand nombre, le mot sport est  associé aux valeurs de santé, d'éducation, d'amitié, de fraternité, de loyauté. Le sport véhicule un sentiment positif, une idée de Bien. On parle communément de l'esprit sportif et de l'idéal olympique cher au bon baron Pierre de Coubertin sans savoir exactement ce qui se cache derrière ces constructions.

 La force du sport est bien là : on y parle toujours de ce qui n'existe pas pour ne pas avoir à parler de ce qui existe...

Et entendre parler de ce qui EST,  de ce qui se cache souvent derrière les apparences,  de ce qui gronde et ronge le monde souterrainement , cela, aucun institutionnel, aucun fonctionnaire, aucun homme de pouvoir n’y tient beaucoup…Ce serait remettre en question dangereusement l’idée  qu’ils se sont faite d’eux mêmes et donc du monde autour d’eux-mêmes. En revanche moi, ne pas mettre les pieds dans les mêmes sabots que le plus grand nombre, ça m’excitait terriblement.

 La découverte des rouages  idéologiques de la fabuleuse entreprise capitaliste  de capitulation du corps implique une déconstruction de soi, et ça n’est pas toujours  agréable, sauf si celui qui vous y entraine s’arrange pour le faire la nuit…

 Un beau jour donc (non, c’était plutôt une nuit) je devins consciente que j’allais pénétrer les arcanes de  la plus formidable entreprise d’abrutissement généralisé des consciences : l’Education Nationale où toutes les pratiques physiques sont calquées sur le modèle sportif compétitif…capitaliste.

Heureusement j’étais option danse c’était un moindre mal, mais je dus m’imposer parfois avec beaucoup de difficultés pendant mes études parisiennes pour refuser d’animer (c’était obligatoire le mercredi) les clubs sportifs ou les associations, à moins d’y faire entrer la danse comme activité. Je faisais souvent  rigoler plus qu’autre chose.

 Le stage en club sportif est obligatoire et noté en dernière année, je dus me plier, je choisis l’athlétisme avec les plus jeunes, ravis d’apprendre le saut en hauteur en  Fosbury-flop, technique qui avait à peine 10 ans (elle datait de 68 !) et qui m’avait si bien réussi : j’ai sauté ma taille en effet au concours de P1, c’est-à-dire un mêtre soixante et un.

(C’est mon père qui avait été content !)

  Notre groupe de bavards contestataires était très fort dans la négation des évidences et le brandissement de concepts, mais beaucoup moins armés dans la pratique alternative.  Il est certain que la compétition sportive abrutit et anéantit les corps et les esprits puisqu’elle pousse les plus acharnés à se doper. Mais comment faire autrement, comment éviter les lignes de force de toute une civilisation ?

Impossible de jouir sans entraves,  avant d’arracher les dites entraves…

Il faut tout arracher d’ailleurs disait Bernard  qui ne pratiquait pas l’alternatif avec douceur… Il avait un côté radical, comme Jean Marie Brohm et les copains du groupe assez machiste où j’entrai sur la pointe des pieds.

La vie ça n’est pas un long fleuve de béatitude  souriante, ma pauvre chérie, finis les  sentiments  à l’eau de rose, les lettres d’amour romantico puériles,  les comédies musicales américaines, aller danser le be bop au caveau de la huchette , les trucs de gonzesse quoi , tout ça c’est de la merde, c’est de la manipulation.

La critique du sport devait s’imposer avec d’autant plus de force qu’elle décrochait des idées reçues très incrustées, très anciennes. Ainsi était justifié le recours à la violence, verbale et physique , on  combat avec les armes mêmes de l’ennemi…me criait Bernard sans arrêt.

 Bernard d’abord puis Jean Marie ensuite m’auront entraînée à la meilleure gymnastique qui soit, celle qui consiste à fouiner toujours plus loin derrière le visible, l’évident,  les apparences…

Il y  avait heureusement un certain nombre  de réponses alternatives qui fleurissaient en même temps que les médecines « douces » quand j’accédais au professorat, l’Ecole Emancipée par exemple faisait un travail intéressant auprès des étudiants en EPS (qui, étrangeté absurde étaient les seuls professeurs à être formés à la pédagogie et  à la psychologie).

 Mais moi comme activité alternative,  je venais surtout de découvrir le caveau de la Huchette où je me réfugiais de plus en plus souvent le soir, j’y travaillais le be bop acrobatique à l’ancienne, celui qui éclairait les caves de St Germain juste après la guerre ... Quand Bernard me jugea définitivement impropre à la consommation,  le Caveau de la Huchette devint ma famille durant le temps de mes études de « prof de gym » à Paris. J’y tins le vestiaire pour me faire trois sous et fis des rencontres fort utiles pour remplacer Bernard et entraîner  ma liberté.

D’accord je ne savais toujours pas très bien qui j’étais mais je tenais à l’être de façon libérée…

 A ce stade de mes souvenirs, il me faut bien  reconnaître que j’avais alors une  sensation de liberté bien plus large que ce qui se diffuse aujourd’hui auprès de nos adolescents.  Nos professeurs remplissaient parfaitement leur mission : nous ouvrir l’esprit par la connaissance, et  rien n’était passé sous silence très longtemps.  Nous lisions et discutions de tout avec tous et ils étaient nombreux finalement dans mon souvenir à remettre en question la compétition outrancière… alors bien  sûr la plupart accusaient l’outrance de tous les maux que seule une poignée d’instruits plus critiques savaient être produits intrinsèquement par les structures mêmes.

 Ma vie de noctambule à la Huchette ne m’a aucunement empêché d’être reçue au Capeps . Certificat d’Aptitude au Professorat d’Education Physique et Sportive. Et d’entrer deux mois plus tard dans le rôle de fonctionnaire de l’éducation nationale au lycée de St Ouen: classes mixtes, fin des années 70 avec mes un mêtre 61 et mes 50 kg toute mouillée... Ca n’allait pas être du gâteau .... !

-Hey M’dame, ziva, on vous attend depuis cinq minutes, faut pas être en retard comme ça M’dame, on a failli faire des maths à cause de vous, regardez j’en ai encore les mains moites

-C’est bon Hakim! Je suis là.... on y va.

J’avais accepté (pas le choix au début...ils étaient plus grands et plus nombreux que moi) que les garçons « m’enseignent » le foot, les règles les tactiques, les compétences à acquérir... en échange ils acceptaient de participer aux cours d’initiation danse. Et vlan, donnant donnant ! Ainsi je récupérais ma liberté de choix et mon autonomie d’adulte éduquant.

Mademoiselle Talon vous êtes totalement naïve d’imaginer que des garçons de terminale vont suivre des cours de danse, c’est même pas au programme....J’étais naïve. Oui et alors.

 Le Jeu s’avérait une excellente alternative à la compétition sportive...Leur apprendre à jouer c’était surtout leur apprendre à perdre, dans la joie et la bonne humeur…Il n’y avait qu’à leur donner l’exemple, et les laisser rigoler à mes efforts pour jouer au football.

Je m’interdisais de noter les « performances ». On notait les progressions. Et je dis On parce que, bien entendu, les élèves participaient à leur propre apprentissage.

 On inventait des jeux de balle à partir de ceux que nous connaissions et on testait des règles... excellent exercice pour réfléchir sur le concept même de règle, sur sa nécessité et sur la vie collective en générale...J’avais ramené de mon voyage d’été aux USA des balles de base ball, je trouvais des lattes de haies pour servir de battes et c’était parti, exit le hand ball bonjour le base ball à la sauce St Ouen. Toutes mes classes en raffolaient.

 Tout allait bien. Du moins tant que j’étais dans les classes au milieu de mes élèves.  Car dès que j’arrivais parmi les adultes, les autres professeurs, l’absurdité de l’institution distillée à travers eux me sautait au plexus.  J’en prenais sauvagement plein la gueule. Mais j’encaissais .

 Je tenais le coup grâce à mes cours en Sorbonne, au be bop,  au caveau de la Huchette et aux copains freudo-marxistes qui continuaient à vadrouiller dans les meetings politiques  en brandissant des cartons rouges… De l’Education physique oui mais du sport /jeux du cirque non !

 La directrice de l’établissement m’avait à la bonne, je n’étais jamais en retard, les élèves non plus, et elle n’avait jamais vu aussi peu de demande de dispenses en éducation physique.  Alors elle acceptait toutes mes « excentricités » mot que je mets entre guillemet car j’étais plutôt soft en réalité.

 Je faisais apparemment tout ce qu’il fallait faire, un inspecteur n’y a vu que du feu, mais je le faisais en douceur et dans l’intention de faire réfléchir les élèves sur le caractère soi disant naturel de la compétition.Je leur avais demandé d’acheter des cahiers dans lesquels ils pourraient consigner des recherches sur les activités physiques qui leur plaisaient, sur  l’histoire des sports,  de l’olympisme etc….

 J’étais devenue prof principal quand, épuisée par l’ institution et sa bêtise distillée sournoisement à travers les collègues jaloux mais victimes comme moi de l'institution-nalisation, j’ai décidé de décrocher...Je n’avais pas la fibre fonctionnaire. J’avais tenu cinq ans. Je venais surtout d’être engagée comme comédienne danseuse dans une compagnie de spectacles pour enfants... Belle galère, mais qui m’aura permis de quitter le navire de l’Education Nationale avant son désastre orchestré....

 Nous étions au début des années 80, le pire était à venir… en matière d’éducation corporelle. Alors que simultanément nos chercheurs et scientifiques progressaient, découvrant combien les muscles et la gestion proprioceptive des attitudes toniques participaient à la pensée… et quel extraordinaire éco-système s’avère être le corps. Un éco système où tout est rythmé sur le concept d’entraide, de conjonction, de simultanéité. Vlan,  pile le contraire des concepts utilisés pour construire les institutions, le monde extérieur. ….  Le corps capitaliste ne s’apprend que morceau par morceau que fonctions contre fonctions, avec des chiffres des mesures, de la douleur des réductions des préjugés… pas d’intériorité pas de sentiments, pas de chaos créatif…

 Pas de plaisir surtout pas trop de plaisir, c’est mauvais pour la santé !

A force de stress pour des chiffres pas atteints ou de modèle dominant  pas assez suivis, mon père  a fini par tirer sa révérence à la toute fin des années 80, il n’aurait pas supporté les effets pervers de la dérégulation des marchés dans lesquels nous somme en train de nous  noyer !   Heureusement je sais nager… et plutôt mieux qu’une grande majorité.  Tout n’est pas perdu !

 T’inquiètes papa, si  aujourd’hui je donne dans le non mesurable, sache que là aussi on peut battre des records… par exemple de bonne santé physique et morale.

Et surtout ce qui me réjouis c’est que ta petite fille (tardive oui je sais tu ne l’as pas connue..) , 14 ans, vient de se prendre un zéro pointé en gym pour avoir osé dire à son professeur qu’elle refusait de se faire mal aux contrôles parce qu’elle trouvait idiot de noter les performances !

 Et pour finir, voilà que je retrouve dans un carton poussiéreux quelques copies d’élèves vieilles de trente cinq ans …que je me régale à relire, en éternuant.  

 Devoir maison sur les jeux olympiques . février 1979. Classe de 4eme.

 1) que pensez vous de l’entrainement intensif des athlètes, pensez vous qu’ils aiment ça ?

 2) les jeux olympiques sont ils réellement une trève amicale entre tous les pays ?

 «…pour arriver à être champion il faut bien  travailler, tant pis si on n’a pas toujours envie de travailler, on n’a toujours envie d’être champion quand même !  Mais je crois qu’on peut avoir envie d’un truc et pas aimer tout ce qu’il faut pour arriver au truc…Bon en tous cas moi j’aimerais bien être champion mais ça m’arrivera jamais parce que j’aime pas m’entrainer trop fort.

  - …moi je crois que les jeux olympiques ne sont pas crées pour constituer une  trève amicale entre tous les pays, je crois plutôt que quand les jeux arrivent tous les membres d’une équipe font des prières pour que l’adversaire perde…. 

 - Les jeux olympiques ça permet de rencontrer des sportifs d’autres pays, d’affronter des gens qui n’ont pas subi le même entraînement . Peut être même qu’ils discutent ensemble de leur entraînement. Mais sur ce point, je n’en sais rien car à vrai dire je ne suis jamais allée aux jeux olympiques, ni comme spectatrice ni comme jury, et encore moins comme athlète (je n’arrive même pas à faire une roulade sans me faire mal quelque part !!) 

- Pendant des siècles, les jeux olympiques se sont tenus à Olympie. N’importe qui ne pouvait pas y participer. Et puis aussi les femmes n’étaient non seulement pas admises à concourir mais non plus admises dans le stade. Je ne suis pas mlf mais tout de même !!!

- Il arrive déjà chez les grecs que des sportifs versent des primes à d’autres pour qu’ils aillent à leur place faire les jeux olympiques . J’ai lu ça et aussi qu’ils prenaient des chimies pour courir plus vite . C’est  donc déjà du dopage ! Je ne comprends vraiment plus. Le sport c’est pas comme de la viande qu’on vend au kilo. Le sport c’est un art qui demande des mois si ce n’est  pas des années de durs supplices. Et puis c’est tout.

- Bien sûr il y a eu les jeux olympiques dans l’antiquité…cela dit, ceux qui nous rebattent les oreilles avec la pureté de l’antiquité et notamment du sport athénien comparé aux tares du sport moderne , oublient que les jeux antiques  ont disparu dans les excès de la corruption.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

08/09/2011

le théâtre ... de la vie!

Le théâtre, parfois c'est mieux pour dire certaines choses!

voici un extrait de la pièce que je viens de peaufiner sur les rapports homme femme   "des ronces et des épines"extrait des ronces.pdf

 

14/06/2010

Perception de Moi et du Monde....

« ...Je ne puis comprendre la fonction du corps vivant qu'en l'accomplissant moi-même  dans la mesure où je suis un corps qui se lève vers le monde » Maurice Merleau Ponty in "phénomènologie de la perception"

Ca y est j'ai récupéré la maîtrise de mon appareil perceptivo sensoriel.. ! Ca va beaucoup mieux. Je me sens comme Neuve !

Je me suis  longtemps laissée bombarder de partitions déjà toutes écrites par d'autres , des Autres Vachement Bien, des Héros, des Empereurs des Savants des Chanteurs ou des Traverseurs d'océan sur canot pneumatic... bref des Mieux que moi, et c'était un peu comme si on m'avait confisqué les moyens de produire moi-même ma conscience.

Du coup je me sentais  floue,  mal définie et de plus en plus en colère, car malgré tout j'avais conscience de ne pas avoir suffisemment de conscience...

Mais, me questionnerez vous avec vivacité et pertinence, qui peut bien se rendre coupable d'une telle confiscation, véritable  crime contre mon humanité ? Désignez-nous le responsable que nous puissions le détrôner avant de , dans le désordre, l'étêter, l'électrocuter, le pendre, le lapider, l'émembrer, le crucifier et le défenestrer.

....euh....

Vous tenez vraiment à ce que je vous révèle ce que je viens de découvrir?

C'est-à-dire que ça n'est pas très facile à entendre, alors à formuler, c'est encore plus délicat...

Moi. Nous .

Nous-mêmes nous rendons coupables de toutes sortes de crimes contre notre propre humanité, je sais cela paraît incroyable, ça n'est possible  en fait que parce que nous ne ressentons plus rien : nous avons vendu nos corps il y a longtemps à tous ces Autres Vachement Bien dont je parlais plus haut et qui eux-mêmes sous traitent  leur fonctionnement corporel auprès d'Autre Vachement Mieux.....

Nous avons tous abdiqué et maintenant sans corps nous sommes.... !

C'est-à-dire sans possibilité de percevoir, de ressentir !

Or sans la merde l'urine et le sang, pas de jouissance, pas de sensualité pas de volupté ... donc pas de  nirvana non plus !  Autant dire rien. Nada. Le néant. Le calme plat. Le Vide. A part quelques objets,  de l'éphémère et des apparence, du trompe l'œil quoi...Ca fait pas un humain ça. Pas suffisant.

Comment cela on nous a sucré nos corps, hurlez vous soudain éperdus,  n'importe quoi, elle dit n'importe quoi :  y en a que pour eux, (nos corps) crème de beauté par ci, prothèse par là, pilule et massages en tous genres.

C'est une façon de parler ... Nos corps sont toujours là, bien que vendus et revendus. Ce qu'on nous a « sucré » c'est la connexion interne entre nous et nous-mêmes, notre conscience corporelle..... Nous reste une apparence, une coquille vide, une surface bien pratique pour y graver les injonctions consuméristes de notre bel aujourd'hui.

Ah ! Je vous l'avais dit c'est délicat à formuler.   Surtout restez patient ouvert et disponible, hein !

Mais quand  même  pourquoi s'essorer le cerveau par ces grandes chaleurs ?

 

Aîe LouLou ne fais pas l'andouille, rentre moi ces griffes immédiatement.

Je vous présente donc LouLou . Mon Chat Chéri. C'est lui, par sa curiosité bienveillante et sa manière bien à lui de poser les questions  qui m'a déjà bien aidé à décrypter le Monde inscrit en moi.  Bon ma fille aussi m'a pas mal aidée avant lui. Maintenant elle est adolescente.

Je m'entends mieux avec LouLou.

D'accord, il y a aussi, Socrate, Spinoza, Descartes, Kant Hégel, Teilhard de Chardin, Husserl, Kierkegaard, Sartre, Simone de Beauvoir, Anna Arendt, Jean Marie Brohm,  Boris Cyrulnik,Antonio Damasio, Hubert Reeves, Trinh Xuan Tuan....Leurs manières à eux tous de poser des questions est pas mal aussi,  rien à voir avec LouLou, cependant j'ose dire qu' il leur manque certaine connexion charnelle avec eux-mêmes qui leur éviterait de tourner en rond dans des pensées  de plus en plus abstraites  qui faillissent en fin de compte à déboucher sur un vrai changement ! Penser des idées, théoriser des pensées bel exercice neuronal, mais ça ne vaut rien pour transformer le cambouis  en jus de bonheur si on y met pas les mains !

 

Et la pierre philosophale de l'humain c'est tout de même ça : transformer la merde en pétrole !   Tiens, ça me rappelle quelque chose.. ah ! oui la nature le fait, elle... Ben reste plus qu'à observer comment elle fait et s'en inspirer....?

Et ça sert à rien de « déléguer » : car  mettre les penseurs à penser ici et les manuels à agir là bas, revient à couper la connexion entre les deux. Les mains d'un côté et le cerveau de l'autre, la France d'en bas coupée de la France d'en haut, le corps séparé de l'esprit... rajoutez à cela  mépris de l'un  vis à vis  de l'autre et faites la somme de tous ces mépris : vous aboutissez à la négation de l'instinct, ce truc qui nous branche direct avec la Nature et l'Autre sans passer par l'imagerie sémantique .

Car c'est de cela je le répète dont nous avons le plus besoin nous reconnecter à la chair du Monde, pour  apprendre à féconder la matière, c'est-à-dire CREER.

Moi, on m'a ouvert les yeux un beau jour (c'était peut-être une nuit ?) alors que j'étais étudiante en ce qu'on nomme aujourd'hui sciences et techniques des activités physiques et sportives.

Je ne comprenais pas comment il était possible de supporter de se martyriser en souriant et que cela devienne la norme sous forme de dictats délicieusement planqués derrière un tas de maximes et proverbes avec quelques en-tête particulier pour les femmes  : « faut souffrir pour être belle », « sois belle et tais toi »....

Moi j'avais pas envie de me taire encore moins de souffrir et je voulais être belle quand même ! j'avais besoin de comprendre surtout en quoi le fait d'être bien dans sa peau nécessitait la souffrance....et en quoi utiliser ce qui nous est spécifiquement spécifique, je veux parler du Verbe, serait incompatible avec la « beauté » ?

Bref, j'avais soudain vachement de pain sur la planche côté recherches questionnement rencontres lectures...

J'ai cité ma fille et mon chat, mais il y a eu aussi des amants divers et variés qui m'ont aidée  à  élargir considérablement ma palette de perceptions. J'ai mis le temps, à cause de la culpabilité de ne pas « être » animée des mêmes instincts de mariage que mes autres congénères, mais une fois acceptée l'idée d'être hors norme et vivante quand même, surtout et  y compris avec les hommes, tout a été très vite. (enfin relativement vite...parce qu'en réalité, je peux vous l'avouer ça m'a paru long..)

 

Du coup les pages centrales de la Phénoménologie de la Perception m'apparaissent brutalement d'une somptueuse clarté.... je redécouvre ce pavé de Merleau Ponty avec stupeur : il y a là en germe  des clefs du mystère humain....   Trop tôt, mal dit, ou trop bien dit plutôt, car comme Bachelard son contemporain,  Merleau Ponty est un philosophe de la poésie qui sait aussi poétiser sa pensée... Sauf que ce type de communication raffinée (philosophie plus poésie.. ) n'avait que peu de chance d'atteindre   les conscience encore trop primitives de ses contemporains

Ce qui explique qu'....à part une explosion salvatrice en Mai 68 , les merveilleuses pages de la phénoménologie de la perception n'ont pas permis d'éviter la mouise dans laquelle nous commençons sérieusement à émietter le sens de nos existences....

 

« ...Tu loges dans ton acte même ... ton acte c'est toi.. tu t'échanges.. ta signification se montre éblouissante . c'est ton devoir c'est ta haine , c'est  ta fidélité c'est ton invention ...L'Homme n'est qu'un noeud de relations , les relations comptent seules pour l'homme. »

A. de Saint Exupéry

 

 

 

12/07/2009

Et une société version humaine ça existe ?

ECOLOGIE HUMAINE
dialogues avec mon chat     Opus 1


Un beau jour… (c’était peut-être une nuit… ) l’humain apparaît sur terre … avec une tête deux bras deux jambes . Et plus de poils ou presque  ......

On  ne sait toujours pas comment il est apparu ni pourquoi, bien qu’on se prenne la tête là dessus comme des malades depuis le début des Temps, mais  je constate juste un truc moi,  Loulou ,  c’est que  ne pas savoir où l’humain pouvait bien se balader avant d’arriver sur Terre ne nous empêche aucunement de discuter tous les deux ici et maintenant…. !  et l’humain pour le coup je connais, j’en suis,  et je peux confirmer qu’en effet ne pas savoir où j’étais avant de surgir de la conjonction d’un ovule et d’un spermatozoide  ne m’empêche pas de vivre ni de réfléchir . Poursuivons donc , en laissant de côté la question de l’origine, on y reviendra plus tard. Tiens je vais ouvrir une boite spéciale.

On peut donc dire que  le CORPS humain , tête bras jambes, tronc, enfin tout ce que la peau délimite , est la manifestation visible et concrète du phénomène humain , ou du concept signifié par les deux syllabes HU-MAIN ! Tu me suis jusque là ?
OK . Donc un beau jour l’humain arrive avec pour tout bagage visible, ses dents ses ongles et  son sexe ! ben oui c’est tout, et rien entre les dents, le couteau  il a fallu  qu’il l’invente, et le mot qui va avec par la même occasion.
En revanche  dans le domaine de l’invisible, il avait un bagage terrible… ,  un truc super organisé qui allait lui permettre de se fabriquer tout ce dont il pourrait avoir besoin, et même plus encore , sauf qu’il ne savait pas qu’il avait ce truc là !
Il lui fallait en plus en prendre conscience !
et là regarde moi mieux que ça LouLou, je viens de te résumer toute l’incongruité de la condition humaine, à son arrivée :  Avoir et ne pas Savoir que tu as !

Incongru certes mais aussi diablement excitant … que cette prise de "peau"!  T' imagines :  une explosion te propulse dans un Monde dont tu dois à la fois découvrir et  fabriquer les contours, simultanément je veux dire!  chouette mais ça fout les jetons hein!!
Bon.   Alors  on nous a peut-être demandé, pour faire passer la pilule, (ou les jetons ouiiii, Loulou, si tu me griffes à chaque fois que tu ne piges pas ... j'arrête tout hein !) on nous a peut-être demandé disais-je, de choisir un truc, un seul, genre fais un voeu tu vois?  Bon.   Qu’est ce que tu demanderais toi ?  de la ficelle, une lampe de poche un Opinel pour couper tes croquettes  au saumon fumé ?

Mais non, voyons, grand couillon, si on te pose la question avant que tu ne partes , avant que tu ne t'incarnes donc, tu ne sais rien de tout ça , pas un traitre mot, enfin Loulou,  faut suivre !!  C'est moi qui vais te griffer maintenant . 
Réfléchis:  les trucs que tu n'as pas vécus, tu ne  les connais pas, et ce que tu ne connais pas  forcément tu ne peux pas le demander…!   Et même si tu avais pu les demander,  j'attire ton attention sur le fait qu' en demandant un truc précis, tes croquettes au saumon fumé par exemple, ben  tu te condamnes à passer ta vie terrestre avec les mêmes croquettes, donc tu limites ton aventure avant même de l'avoir commencée,  aventure limitée  à ce que tu connais déjà:  pas de déconvenues  certes mais plus de bonnes surprises à attendre non plus…

Je veux pas te mettre les boules, pardon LouLou , c’est vrai je te les ai fait couper, mais nous les humains à la question "de quoi  t’as besoin avant de débarquer sur Terre"  nous avons  répondu un truc super bien plus malin que tes croquettes : nous souhaiterions quelque chose qui nous permette de fabriquer très vite tous les outils pour survivre en toutes circonstances, ici, maintenant, ailleurs, partout et à jamais.
une Baguette Magique en quelque sorte.... … Et bien  on l’a eue !!!!

Donc , là quelque part  sous la boite crânienne , nous avons une baguette magique , enfin  si je veux être précise je dois te dire que nous avons ce qu’il faut pour la fabriquer, c’est  une baguette magique en kit si tu préfères . Or un truc qui nous permette de fabriquer tout ce qu’on veut et même ce qu’on ne veut pas (mais on verra ce dysfonctionnement plus tard) et bien ce truc les humains l’ont identifié et nommé : capacité créatrice !
L’humain est un créateur!
Mais oui, toi aussi chéri ne m’envoie pas des éclairs avec tes yeux jaunes zébrés, toi aussi tu crées  mais pas dans la même mesure….  et puis zut ! LouLou on a dit au début .. qu’on révisait l’humain, l’animal oon verra après je  mets donc de côté la question de l'Animalité, tiens, dans la même boite que les questions d’Origine .
Et je poursuis …

Le truc pervers, parce qu’il y a un truc pervers, et là ça va te plaire je le sens, c’est qu’ il nous est difficile d’identifier nos  capacités créatrices en dehors de leur mise en jeu effective :  si on ne les trouve pas (encore faut il se décider à les chercher .. ) on ne peut pas les mettre en jeu, et pourtant c’est leur mise en jeu qui nous permet de les  « trouver »……… !
Elles sont planquées quelque part en nous ces capacités, dans les plis de notre cortex peut–être, dans la glande pinéale, dans les reins le foie, que sais-je, tu vois le problème, la Créativité ne nous a pas laissé l’adresse de son siège social !

Et en plus ça n’est pas un objet ni une  chose , comme  je l’ai assez bêtement laissé entendre en parlant de Baguette Magique, pardon mon LouLou, oui je sais t’es largué déjà.. mais ne renonce  pas , je t’en supplie.
Je disais donc : ça n’est  pas du tout un objet, c’est un processus , un phénomène quoi , un mécanisme à activer si tu préfères. Et là on retombe de nouveau sur toute l’horrible splendeur de la condition humaine :  trouver quelque chose dont on ne sait rien, ni à quoi il ressemble ni même où commencer à le  chercher ! quelle angoisse hein !
T’es content d’être un chat non ?

Alors .. maintenant tu as le droit de poser ta question : pourquoi sommes nous , les humains, dans une pareille merde , si longtemps  après notre arrivée ici avec un si extraordinaire processus de Baguette Magique en notre  possession ??
Ben…ouais là j’en conviens, je ne suis plus aussi fière et je te demande humblement pardon de m’être moquée de ta réponse en forme de croquettes… . La vérité  c’est que nous sommes encore au stade du crétinisme avancé !  Mais j’ai bon espoir.
En gros collectivement sans faire le détail  donc,  nous sommes des crétins parce que nous n’avons jamais compris, pour la plupart, que ce processus fallait le chercher NOUS-MEMES!!

... Quand je te disais que nous ne savions  rien , c'tait pas de la blague. Rien néant que dalle nada ! Au début en tous cas. Parce que aujourd'hui ... on en sait plus,  je dirais même : on sait presque l'essentiel.... Donc  y a plus d'excuses ?   T'as raison Loulou sauf que maintenant on s'est empoussièré le cerveau, et qu'on a plus de plumeaux, on les a jeté dans l'allégresse générale  le jour de la  découverte des forêts électriques d’aspirateurs, lave vaisselle, bagnoles  et  autres joyeux robots …

Nous allons nous en sortir, il n’y pas de raison.. !
En fait si , il y a une raison pour laquelle on s’est trompé , c’est la Raison justement…on a cru qu’on était des êtres raisonnables point.  Alors qu’on est mieux que ça, beaucoup plus que cela ,  plus large plus grand,  tellement qu’il n’y a pas de mots encore inventé !

Et maintenant que nous le savons que nous avons des capacités créatrices  nous allons  pouvoir les activer en les utilisant, certes non seulement faut se bouger le derrière mais en plus faut se grouiller...Mais  si on s’y mettait tous ENSEMBLE  , ça pourrait accélérer le processus! non?

Loulouuuu!!?????   Ben voilà. Il est parti.

22/03/2009

Hommage à Edgar et à la complexité du monde

cher Edgar ,
…je ne comprend pas pourquoi vos mots  vos descriptions vos explications n’ont pas fait sens plus tôt dans mon univers, je m’en nourris à présent pour tenter de les transmuter en actes-systèmes afin de faire advenir d’autres Etre-ensemble-au-monde que celui dans lequel nous nous étions fourvoyés !
C’est une trop belle sensation  que celle que procure le surgissement du sens dans la conscience corporelle   j’ai envie de la faire partager… pour l’élargir en moi.. 

En un mot Edgar je vous aime !

Naivement sans doute mais je m’en fiche, à force de laisser féconder mes lectures par mes expériences je crois possible aujourd’hui de  faire quelque chose pour les Autres et le Monde en crise  .. J’entre en posture de « formatrice » (faut bien vivre ) après avoir pas mal déroulé les tenants et aboutissants de la posture d’éducatrice , en fac,  dans la rue et à mon domicile et sur scène ou en studio. . Je suis mon propre terrain d’essai, je questionne et me répond quand je suis en état de me discerner en plein, car la vie me dessine plus souvent en creux : je suis intermittente.  
Au bout du tunnel, la seule lueur qui brille me vient .. de ma corporéité première… mon tissu de chair et d’esprit mélé .. de mon corps/esprit.
Corps/esprit par ce que nous n'avons toujours pas de mot pour désigner ce que nous serions devenus si nous avions intégré , au lieu de la coupure entre les deux , leur fusion..

Voilà ce qui m’intéresse dorénavant , jouer ma partition sensuelle dans l'avènement d'une conscience élargie et nouvelle du corps / monde ..

La pensée étant créatrice , le réel n’existant pour nous que par l’intermédiaire de représentations  surgissant (telles des hologrammes ?)  de nos plis cérébraux, cela fait de  notre  corps une sorte  de modèle unique de façonnage du Réel.

En révisant mes cours d'anatomie physiologie au " grand angle"  je m'aperçois que nous sommes équipés biologiquement  précisément pour nous fabriquer en même temps que le Monde  .... nous naissons totalement  "in-finis" et par conséquent nous nous finissons individuellement en même temps que nous élaborons collectivement notre environnement ... en boucle et ainsi de suite jusqu’à … ce que la tête nous tourne..
Nos sens ne maturent en effet que dans l’utilisation que nous faisons d’eux , et simultanément le cerveau se raffine à force de traiter des informations sensorielles multiples diverses et variées. C'est la cuisine de la pensée.
Autrement  dit notre existence est subordonnée à l’utilisation que nous faisons de nous mêmes !

Ah!  et qui sommes nous…. au-delà de la cuisine biologique ?
…Cette seule question pourrait  ramener l’équation de la complexité à notre capacité à discerner … à identifier , à appréhender !!

Pour résoudre l’équation de la complexité il faut se placer là où elle est née, dans nos propres chairs , dans l'intimité vibrante de nos corps...  LE CORPS pour définir et transformer simultanément le monde . Ce monde que nous incorporons tout d'abord....     les sons extérieurs font vibrer nos tympans sur la même longueur d'onde, nos mains s’arrondissent pour appréhender la courbure de l’objet touché, notre tonus postural se modèle sur celui de notre interlocuteur, le son l’objet l’Autre entrent ainsi  en nous  et nous voilà seuls responsable ensuite de ce que nous faisons individuellement et collectivement de toutes ces informations traduites en impulsions électrochimiques.

Qu’en faisons nous d’ailleurs ?  des images mentales, pas forcément modélisées d’après le visuel d’ailleurs, des représentations en tous cas qui, seule certitude cependant , sans nos sens n’auraient aucune consistance…
Nous sommes des Transformateurs.

Je sais . c’était mieux avant . avant la complexité surgissante . suffisait de savoir compter  quand on était fort on pouvait compter sur beaucoup de sous, d’appuis, de valeurs, de copains, quand on était pas forts, c’était pile l’inverse,  peu de sous de copains de valeurs.       Mais avant  personne  n’allait vous faire chier pour vous demander de redéfinir vos critères de définition eux-mêmes

Maintenant que tout pête en commençant par le plus visible:  les sous, la finance, les banques… il se fait jour une période de chaos total,  une période propice au renversement des évidences préjugés valeurs établies, bref, c’est nettoyage de printemps… Mais par quoi commencer ?
d’habitude on se prend la tête pour réfléchir sur ce qu’on garde et ce qu’on jette, aujourd’hui il faut  réfléchir aussi au bien fondé de la question elle-même :  garder et jeter en même temps,  une voie qui serait tierce ? On ne saurait encore l'imaginer !!   ni garder ni jeter tout en gardant ce que l’on jette sans jeter un regard à ce que l’on perd en jetant Dieu qui nous garde…
Je sais . En général là on me salue poliment .
Alors je retourne lire Edgar Morin pour me reconstituer et poursuivre le chantier gigantesque de l’expérimentation personnelle au service de la transformation du monde .